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D’un seul coup, avec les nausées

un certain nombre de choses a changé dans mon environnement proche. Luluchatigré est devenu le chat qui sent la croquette. J’ai été agressée olfactivement par mon canapé, qui sentait « trop acide ». La vision d’un œuf dur est devenue une source de répugnance incommensurable, mais pire, mes délicieux goûters wasa – avocat, d’abord salutaires contre mes fringales, sont devenus du jour au lendemain immangeables, au même titre que mes meilleurs amis les gnocchis, qui agrémentaient honorablement mes nombreuses micro-collations et que je n’ai subitement plus pu voir en peinture. Et pourtant, quoi de plus inoffensif qu’un gnocchi.

Les petits crackers aux graines autrefois convoités et achetés en masse me dégoutaient. Le chocolat me semblait aussi attirant qu’un effiloché de langue en gelée. J’ai failli être tuée par un camembert normand à l’odeur persistante. Le blanc de dinde « délicatement fumé au bois de hêtre » a heurté de plein fouet ma sensibilité. Mais surtout, SURTOUT, j’ai été harcelée moralement par des êtres aussi froids et maléfiques que les monstres errants au-delà du Mur de Jon Snow : les Frigos.

Pour être plus exacte, le froid des frigos. Le souffle froid qui émanait de ces engins de la mort m’était tout bonnement insupportable, tout comme le sont devenus les rayons frais des supermarchés (je jure que j’ai failli être dévorée par une quenelle de brochet sous-vide).

Aussi étais-je confrontée à une problématique démoniaque : calmer ma faim pluridimensionnelle sans ouvrir de frigo, avec des aliments smelly-friendly. C’est alors qu’a commencé mon expérimentation scientifique des aliments sans goût. Au niveau 0, 1 et 2 de l’échelle gustative de Richter, je nomme donc la cracotte au babybel, la galette de riz au kiri et le krisprolls au Madame Loïk. Le problème, c’est que je n’ai progressivement plus pu encadrer ni les cracottes, ni les galettes, ni les babybels, ni le kiri, ni Madame Loïk.

J’ai été obligée de trouver des subterfuges. Pendant un temps, j’ai trouvé mon salut dans le sandwich-jambon-cornichon, que je cherchais secrètement à 11 heures et à 16 heures à la station service, en plaquant un foulard contre ma bouche (ces dingos vendent leurs sandwichs dans des zones réfrigérées). Et quand par malheur le sandwich providentiel contenait une feuille de salade non agrée par la Commission Internationale des Gens Non Immunisés contre la Toxoplasmose, entre deux portes j’ôtais consciencieusement la feuille de salade et j’essuyais la tranche de jambon avec un petit mouchoir avant de croquer goulument dans le cornichon.

Souvent, pour expliquer au Mâle ma condition, je lui expliquais que j’avais en même temps une faim acide et pluridimensionnelle, et en même temps l’impression de digérer perpétuellement une pièce de monnaie rouillée. Le Mâle a d’abord réagi en allant vérifier secrètement le contenu de son porte-monnaie, mais un soir, quand je l’ai brusquement sermonné sur l’insoutenable violence du jaune d’œuf qui avait collé dans la poêle, il a été très compréhensif, il a lavé la poêle puis il a cherché systématiquement tous les aliments lui-même en affrontant le Souffle Mortel du Frigo.

Pendant la longue traversée du désert du gnocchi, il m’a aussi laissé choisir tous les programmes télé que je voulais, sachant que j’ai poussé le vice assez loin puisqu’aujourd’hui je peux l’avouer, j’ai regardé intégralement le Grand Concours des Animateurs (et j’ai joué par sms pour GAGNER UN SCOOTER).

Les trois premiers mois de grossesse furent émaillés de surprenantes découvertes

comme cette possibilité nouvelle de manger d’abord une plâtrée de nouilles, puis une Laitière au chocolat puis un morceau d’Ortolan sur une cracotte puis un bol de Choco Pops.

A vrai dire, depuis cette expérience culinaire, j’ai tout à fait cessé de manger des Laitières, n’étant pas bien sûre que ce dessert démoniaque soit pasteurisé, et ce malgré mes recherches fouillées sur internet – il faut dire que depuis que je suis enceinte, mes requêtes sur google sont de plus en plus précises (« le fromage frais fouetté « noix-figue-raisin » de Madame Loïk est-il pasteurisé ? », « peut-on manger du fromage au lait cru mais cuit neuf minutes au micro-ondes ? », « peut-on attraper la toxoplasmose avec un Schweppes Agrumes ? »).

Dans les premiers temps, j’ai découvert que j’avais perpétuellement faim. Il n’était pas rare que le Mâle, ce lecteur nocturne, me croise dans la cuisine vers 4 heures du matin à manger un bol salutaire de corn flakes, le cheveu hirsute et l’œil rivé sur les nervures du plan de travail de la cuisine.

J’ai aussi découvert que j’allais mourir dans l’heure de subites palpitations cardiaques, avant d’être rassurée par mon médecin, ce saint homme, qui m’a expliqué que tout ce chamboulement était normal et qui m’a même autorisé dans la foulée à manger la croûte des camemberts pasteurisés (non, ce n’était pas EVIDENT). Par contre je n’ai pas osé lui demander pour les Laitières au chocolat.

Mon programme télé a également subi de profondes modifications. Les enquêtes du commissaire Larosière sur France 3 étant devenues bien trop violentes pour moi, j’ai suivi avec passion toutes les épreuves de Fort Boyard, et j’ai été particulièrement émue lorsqu’un candidat a ENFIN réussi l’épreuve de la fabrique à ketchup, réputée infaisable (tout le secret réside à ne pas tomber dans la sauce avant de traverser le tunnel).

J’ai évidemment dû recourir à quelques subterfuges quand par inadvertance, je me retrouvai au beau milieu d’une soirée Mojitos, situation d’autant plus surréaliste que j’avais en poche le pense-bête de ma liste de tisanes aux plantes à éviter pendant la grossesse.

J’ai rapidement commencé à suspecter tous les aliments contre lesquels un vieux chat vicieux, miteux et toxoplasmé aurait pu se frotter avant de tomber entre mes mains. Je n’ai jamais considéré avec autant de suspicion ma ciboulette du jardin et désormais, je passe à la limaille de fer la moindre feuille de basilic. Luluchatigré est devenue mon ennemie numéro 1. Après avoir envisagé de porter des gants en cuir 24 heures sur 24, j’ai décidé de fuir tout bonnement l’animal, qui reçoit désormais toutes ses piqûres d’insuline du Mâle avec qui, contre toute attente, elle roucoule amoureusement, ne semblant souffrir d’aucune sorte de désespoir suite à ma soudaine désaffection (sale bête). De temps en temps, néanmoins, je lui gratte la tête à l’aide d’une spatule en bois à laquelle j’ai attaché une chaussette.

Au début, donc, j’ai connu la faim. La faim perpétuelle, tenace, dévorante, pluridimensionnelle, une boule de faim insatiable et obsessionnelle, à laquelle ne résistait même pas l’ingestion de quatre-cents grammes de spaghettis à la sauce tomate. Mais ça c’était avant. Avant l’arrivée des NAUSEES.

(to be continued)

Le Mâle, Luluchatigré et moi-même

sommes heureux de vous annoncer qu’au printemps prochain, un petit crocus d’avril pointera le bout de son nez dans le jardin de nos vies. Il est déjà présent dans nos têtes, dans nos cœurs (et dans mon ventre), et si le bonheur est un tout petit peu proportionnel à nos espoirs et notre patience récompensés, je crois que nous allons être sacrément heureux. :)crocus

Souvenirs from Normandie

Un chat à bord du train intercité Saint-Lazare - Deauville, venu retrouver ses origines normandes. Il paraît aussi qu'un wapiti a essayé de voyager illégalement sur le toit. Malheureusement il serait tombé en gare de Lisieux.

Un chat à bord du train intercité Saint-Lazare – Deauville, venu retrouver ses origines normandes. Il paraît aussi qu’un wapiti a essayé de voyager illégalement sur le toit. Malheureusement il serait tombé en gare de Lisieux.

 

A voir absolument à Deauville, le joli porte-serviette de Sean Connery.

A voir absolument à Deauville, le joli porte-serviette de Sean Connery.

 

A voir absolument à Deauville, le noeud papillon de Bernard Lhermitte (je l'ai adoré dans les Bronzés font du ski).

A voir absolument à Deauville, le noeud papillon de Bernard Lhermitte (je l’ai adoré dans les Bronzés font du ski).

 

A voir absolument à Deauville, la tong de piscine de Patrice Chevreau.

A voir absolument à Deauville, la tong de piscine de Patrice Chevreau.

 

Et c'est parti pour la route du cidre ! En bordure d'un village typiquement normand, un homme avec un chapeau nous a expliqué qu'il existait 800 variétés de pommes à cidre dans le Pays d'Auge. Ensuite il nous a vendu deux bols en terre cuite et une bouteille de jus pétillant à la rhubarbe. A ce jour, je n'explique toujours pas cet achat.

Et c’est parti pour la route du cidre ! En bordure d’un village typiquement normand, un homme avec un chapeau nous a expliqué qu’il existait 800 variétés de pommes à cidre dans le Pays d’Auge. Ensuite il nous a vendu deux bols en terre cuite et une bouteille de jus pétillant à la rhubarbe. A ce jour, je n’explique toujours pas cet achat.

 

Le capuccino y est servi dans des bigoudis.

Le capuccino y est servi dans des bigoudis.

 

A Beuvron-en-Auge, on ne rigole ni avec les rayures, ni avec les voilages représentant des trompe-l'oeil de voilages.

A Beuvron-en-Auge, on ne rigole ni avec les rayures, ni avec les voilages représentant des trompe-l’oeil de voilages.

 

Moment très fort pour le Mâle, au Mémorial de Caen, consacré à la seconde guerre mondiale. Moi j'ai toujours cru que cette citation était tirée des mémoires de Luluchatigré, lorsqu'elle s'est fait griffer le haut du crâne par un matou des rues qui cherchait à s'emparer de son coin à champignons.

Moment très fort pour le Mâle, au Mémorial de Caen, consacré à la seconde guerre mondiale. Moi j’ai toujours cru que cette citation était tirée des mémoires de Luluchatigré, lorsqu’elle s’est fait griffer le haut du crâne par un matou des rues qui cherchait à s’emparer de son coin à champignons.

 

Dans le hall du Mémorial, le début d'une très belle visite dans l'Histoire (pour trouver les toilettes, suivre la direction de l'avion).

Dans le hall du Mémorial, le début d’une très belle visite dans l’Histoire (pour trouver les toilettes, suivre la direction de l’avion).

 

Mon dieu mais ce micro est énorme !

Mon dieu mais ce micro est énorme !

 

Les sandalettes les plus résistantes du monde (avec mes birkenstock de jardin).

Les sandalettes les plus résistantes du monde (avec mes birkenstock de jardin).

 

Hahaaaaaaa ! Résidence pour Seniors de beaux, nous voilà !

Hahaaaaaaa ! Résidence pour Seniors de Bayeux, nous voilà !

 

Accueil plutôt chaleureux...

Un accueil plutôt cosy et chaleureux…

 

Avec une belle citation de General Motors.

avec une belle citation de General Motors.

 

Avec le Mâle, on se met directement dans l'ambiance (pourvu qu'il y ait une question sur le général De Gaulle).

Avec le Mâle, on se met directement dans l’ambiance (pourvu qu’il y ait une question sur le général De Gaulle).

 

Cela a l'air facile, comme ça, mais je n'ai trouvé que Michel Boujenah. NON, il n'y avait pas Polnareff.

Cela a l’air facile, comme ça, mais je n’ai trouvé que Michel Boujenah. NON, il n’y avait pas Polnareff.

 

Important ! Et dans le photophore à côté, on peut mettre son dentier.

Important ! Et dans le photophore à côté, on peut mettre son dentier.

 

Allez, c'est parti pour la Tapisserie de Bayeux !

Allez, c’est parti pour la Tapisserie de Bayeux !

 

VITE. Il faut passer avant ce groupe déchaîné de SCOLAIRES.

VITE. Il faut passer avant ce groupe déchaîné de SCOLAIRES.

 

VITE. Il faut passer avant ces chaussures hypnotiques.

VITE. Il faut passer avant ces chaussures hypnotiques.

 

La Tapisserie de Bayeux relate la bataille de Hastings de 1066, qui eut lieu entre Guillaume le Conquérant et Harold, pour monter sur le trône d'Angleterre. Elle est longue de près de 70 mètres. Pour la passer au sèche-linge, bien essorer au préalable et régler sur "Finish Médiéval".

La Tapisserie de Bayeux relate la bataille de Hastings de 1066, qui eut lieu entre Guillaume le Conquérant et Harold, pour monter sur le trône d’Angleterre. Elle est longue de près de 70 mètres. Pour la passer au sèche-linge, bien essorer au préalable et régler sur « Finish Médiéval ».

 

Les pires ennemis de la Tapisserie de Bayeux, et de ma mère.

Les pires ennemis de la Tapisserie de Bayeux, et de ma mère.

 

Va savoir combien de mites se cachent sous ce lierre (derrière c'est la cathédrale de Bayeux, que nous avons vue assez rapidement car j'avais faim).

Va savoir combien de mites se cachent sous ce lierre (derrière c’est la cathédrale de Bayeux, que nous avons vue assez rapidement car j’avais faim).

 

Direction les plages du débarquement et le cimetière de Colleville. Comme chacun sait, le nom des cinq plages du débarquement sont Michel Sword, Michel Juno, Michel Gold, Michel Omaha et Michel Utah.

Direction les plages du débarquement et le cimetière de Colleville. Comme chacun sait, le nom des cinq plages du débarquement sont Michel Sword, Michel Juno, Michel Gold, Michel Omaha et Michel Utah.

 

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Le restaurateur s'est un peu lâché sur la carte des desserts.

Le restaurateur s’est un peu lâché sur la carte des desserts.

 

En route pour le Mont-Saint-Michel ! A partir de ce panneau, nous n'entendîmes plus que le cliquetis des sabots de vaches en route pour la traite et le chant entêtant d'un taille-haie électrique.

En route pour le Mont-Saint-Michel ! A partir de ce panneau, nous n’entendîmes plus que le cliquetis des sabots de vaches en route pour la traite et le chant entêtant d’un taille-haie électrique.

 

Quelqu'un a vu l'homme au taille-haie ? J'ai deux mots à lui dire.

Quelqu’un a vu l’homme au taille-haie ? J’ai deux mots à lui dire.

 

Objectif en vue !

Objectif en vue !

 

Le premier qui me demande encore si j'ai mangé l'omelette de la mère Poulard ira aspirer la tapisserie de Bayeux.

Le premier qui me demande encore si j’ai mangé l’omelette de la mère Poulard ira aspirer la tapisserie de Bayeux.

 

C'est haut.

C’est haut.

 

C'est beau.

C’est beau.

 

Ces gens ont tous été ensevelis dans les sables mouvants de la baie, et j'en ai profité pour piquer leurs casquettes.

Ces gens ont tous été ensevelis dans les sables mouvants de la baie, et j’en ai profité pour piquer leurs casquettes.

 

Oh mon dieu ! Daenerys Targaryen, reine des dragons, est aussi au Mont-Saint-Michel ! Et elle n'a pas froid aux reins !

Oh mon dieu ! Daenerys Targaryen, reine des dragons, est aussi au Mont-Saint-Michel ! Et elle n’a pas froid aux reins !

 

Apparemment je ne suis pas la seule à l'avoir repérée.

Apparemment je ne suis pas la seule à l’avoir repérée.

 

Les moines du Mont-Saint-Michel prenaient leurs repas en suivant la règle de Saint-Benoît : dans le silence absolu, et en écoutant la lecture des saintes écritures. La règle ne dit rien sur Questions pour un champion.

Les moines du Mont-Saint-Michel prenaient leurs repas en suivant la règle de Saint-Benoît : dans le silence absolu, et en écoutant la lecture des saintes écritures. La règle ne dit rien sur Questions pour un champion.

 

Au nom du Ciel, mais que quelqu'un donne un pull à Daenerys.

Au nom du Ciel, mais que quelqu’un donne un pull à Daenerys.

 

Allez, la visite est finie. Une crêpe au sucre, s'il vous plait !

Allez, la visite est finie. Une crêpe au sucre, s’il vous plait !

 

La fameuse crêpe au sucre de Cancale. Simple, mais efficace. Moi, à la base, je ne voulais pas aller à Cancale parce que ce n'est pas en Normandie, mais après tout... soyons complètement FOUS (le Mâle a pris une crêpe au miel).

La fameuse crêpe au sucre de Cancale. Simple, mais efficace. Moi, à la base, je ne voulais pas aller à Cancale parce que ce n’est pas en Normandie, mais après tout… soyons complètement FOUS (le Mâle a pris une crêpe au miel).

 

Les huîtres de Cancale dans leurs parcs. Règle de Saint-Benoît obligatoire pour tout le monde.

Les huîtres de Cancale dans leurs parcs. Règle de Saint-Benoît obligatoire pour tout le monde.

 

On avait dit dans le PHOTOPHORE.

On avait dit dans le PHOTOPHORE.

 

Changement de lieu et d'époque, avec la visite du beau château de Carrouges.

Changement de lieu et d’époque, avec la visite du beau château de Carrouges.

 

J'AI VU UNE MITE

J’AI VU UNE MITE

 

Un peu de pétillant à la rhubarbe avec ceci ? (soyons réaliste, nous n'ouvrirons jamais cette bouteille).

Un peu de pétillant à la rhubarbe avec ceci ? (soyons réaliste, nous n’ouvrirons jamais cette bouteille).

 

Et pour finir notre périple, un dernier repas dans un restaurant typiquement normand. :)

Et pour finir notre périple, un dernier repas dans un restaurant typiquement normand. :)

 

Merci la Normandie

Merci la Normandie

 

C’est parti pour la Normandie !

J’emmène mon appareil photo et mon carnet de notes, et je vous dis à dans quinze jours pour des nouvelles fraîches, notamment de cette nuitée tant attendue en résidence pour seniors à Bayeux, sans nul doute le point d’orgue expérimental de notre séjour.

Comme nous en avions assez de cuisiner la nuque raide,

nous avons décidé, avec le mâle, de changer de hotte aspirante et d’investir dans l’une de ces rutilantes hottes technologiques permettant une absorption verticale de la vapeur. Cet investissement devait nous permettre de cuisiner sans risque de fêlures répétées du crâne, même si j’avais d’abord envisagé une solution plus économique qui consistait à planter des balles de tennis aux quatre coins de notre hotte actuelle, mais cela donnait un look bien trop Nelson Monfort à notre cuisine qui jurait bien évidemment avec la mouvance scandinave de mon nouveau fauteuil Mauricette (pourquoi diable ont-ils appelé un fauteuil scandinave « Mauricette » ? Nul ne le sait).

Bien entendu et comme à mon habitude, j’ai procédé à un benchmarking soigneux et fouillé, j’ai trouvé de tout au royaume de la hotte (dont une hotte scandinave qui s’appelait Jacqueline), et le mâle a pris de nombreuses mesures savantes pour savoir si la plus grande de nos casserole à nouilles serait à distance règlementaire du périmètre légal d’absorption de vapeur (parce que si elle est fixée trop bas, la hotte aspire une partie des nouilles).

Nous avons ensuite fait le choix d’une hotte simple et chic, à en faire pâlir de jalousie ce scandinave de père Noël, et contrairement au matelas de 160 centimètres, la hotte fut livrée à temps mais passa de longues semaines dans l’entrée au pied de l’escalier sans bouger d’un pouce, au point que Luluchatigré avait pris l’habitude de s’en servir d’estrade pour nous servir son numéro de domptage de mouches.

Puis un jour en rentrant, sans crier gare, j’ai retrouvé le mâle recouvert de poussière, debout dans la cuisine sur un tabouret qui s’appelait Gérard. Il parlait tout seul et muni de tous ses outils empilés dans l’évier, faisait face à un trou béant d’où sortaient toutes sortes d’obscurs tuyaux enduits de gras de bouillon vieux d’un siècle. Ni une ni deux, je me suis armée de mon aspirateur portatif, j’ai posé des questions techniques (pourquoi autant de poussière ?) tout en aspirant ses chaussons (pourquoi sont-ils sur le frigo ?), mais le mâle est resté concentré, puis il a subitement tout démonté pour remettre droit quelque chose qui l’était déjà, il a fixé le tout, il a donné le coup de chiffon final et j’ai sorti notre vieille cocotte minute et son joint flagada pour procéder à l’inauguration officielle de la hotte à aspiration verticale, à laquelle nous avons assisté avec émotion, installés sur Mauricette et Gérard, tout en mangeant une galette de riz au Saint Môret qui a fait à peu près autant de poussière que le démontage de la hotte en elle-même.

Nous sommes très contents. Elle fait autant de bruit qu’un hélicoptère mais elle aspire super bien le bouillon de nouille – je crois même qu’au passage elle a aspiré une mouche – Luluchatigré ne nous a jamais pardonné (elle n’a plus le pouvoir sur personne).

J’ai trouvé un logement idéalement placé avec une piscine intérieure,

des chaussons éponge, une petite cuisine intégrée, une belle literie et le calme absolu pour notre visite de la tapisserie de Bayeux en octobre, ai-je dit au mâle. La seule contrainte, c’est qu’il s’agit une résidence spécialisée pour seniors. Accès sécurisé avec carte à puces et grand choix d’activités favorables aux articulations.

- Banco ! m’a dit le mâle.

Je suis bien d’accord. En plus la marraine de la résidence c’est Danièle Evenou, ça ne peut que être bien.

Il m’a pris la folle idée d’acheter un nouveau legging

alors je me suis rendue dans un magasin dont je tairai le nom, pourvoyeur de pyjamas en pilou, de chaussons en polaire, de culottes sous vide et de soutiens-gorge qui grattent, et j’ai farfouillé un moment au tourniquet des collants avant de trouver un legging noir soigneusement empaqueté dans un origami de sangles et de cartons. Comme j’ai la phobie d’étouffer de la fesse, j’ai naturellement demandé à la grande vendeuse aux cheveux fous si je pouvais l’essayer, essuyant immédiatement un refus catégorique : le legging ne s’essaye pas, et pour connaître ma taille, il suffisait de mesurer ma plante de pieds et de me référer à la grille.

Alors que tournai les talons, choquée par tant de violence et légèrement étourdie par cette histoire de plante de pieds, j’ai été rattrapée de justesse par une autre vendeuse qui ressemblait beaucoup à Jiminy Cricket, qui m’a fourgué le legging déplié dans les mains avant de me pousser en cachette vers la cabine en chuchotant d’un air conspirateur : « Vite, avant qu’elle ne revienne ».

Le cœur battant, je me suis retrouvée dans la cabine interdite munie de ce satané legging, et alors que je me battais avec une jambe et un genou, j’ai entendu la grande vendeuse aux cheveux fous revenir de la réserve. Elle farfouillait dans les cintres de l’autre côté du rideau. Impossible de sortir sans me faire pincer pour essayage frauduleux de legging. Et ce monstre de Jiminy Cricket qui avait disparu. J’étais fichue, alors j’ai commencé à transpirer et à dresser la liste du matériel à ma disposition me permettant de tenir un siège de cent ans : un demi bretzel au fromage et cinq vies à candy crush. J’ai envoyé un sms au mâle.

« je suis coincée dans un legging et je ne peux pas sortir, la vendeuse me surveille ».

Pour toute réponse j’ai eu pour consigne d’acheter de la mousse à raser et quatre tranches de jambon à la coupe en limitant les emballages plastique. La prochaine fois j’achèterai plutôt un soutien-gorge qui gratte (pour connaître sa taille il suffit de mesurer son avant-bras).

Nous avons donc décidé d’aller en Normandie

au mois d’octobre. Je suis officiellement investie de la mission d’organiser un séjour merveilleux permettant tout à la fois de se recueillir sur un mémorial de la deuxième guerre mondiale (le mâle est tout excité), d’interviewer d’anciennes combattantes poilues ayant choisi de vivre leur retraite en mâchant un chewing-gum sur le littoral, de goûter une spécialité exotique complètement folle (l’omelette aux oeufs), de crouncher dans un biscuit de la mère Poulard, de jeter dans les sables mouvants de la baie du Mont-Saint-Michel un coquillage sculpté à l’effigie de Cersei Lannister et d’étudier attentivement la Tapisserie de Bayeux dans le but de lancer une reproduction frauduleuse de sets de table que je vendrai sur internet. Vivement les vacances !

Je signale

que je recherche une destination pour nos prochaines vacances d’octobre, incluant obligatoirement des vaches, des plages du débarquement et du camembert. Je vous tiens au courant.