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C’est parti pour la Normandie !

J’emmène mon appareil photo et mon carnet de notes, et je vous dis à dans quinze jours pour des nouvelles fraîches, notamment de cette nuitée tant attendue en résidence pour seniors à Bayeux, sans nul doute le point d’orgue expérimental de notre séjour.

Comme nous en avions assez de cuisiner la nuque raide,

nous avons décidé, avec le mâle, de changer de hotte aspirante et d’investir dans l’une de ces rutilantes hottes technologiques permettant une absorption verticale de la vapeur. Cet investissement devait nous permettre de cuisiner sans risque de fêlures répétées du crâne, même si j’avais d’abord envisagé une solution plus économique qui consistait à planter des balles de tennis aux quatre coins de notre hotte actuelle, mais cela donnait un look bien trop Nelson Monfort à notre cuisine qui jurait bien évidemment avec la mouvance scandinave de mon nouveau fauteuil Mauricette (pourquoi diable ont-ils appelé un fauteuil scandinave « Mauricette » ? Nul ne le sait).

Bien entendu et comme à mon habitude, j’ai procédé à un benchmarking soigneux et fouillé, j’ai trouvé de tout au royaume de la hotte (dont une hotte scandinave qui s’appelait Jacqueline), et le mâle a pris de nombreuses mesures savantes pour savoir si la plus grande de nos casserole à nouilles serait à distance règlementaire du périmètre légal d’absorption de vapeur (parce que si elle est fixée trop bas, la hotte aspire une partie des nouilles).

Nous avons ensuite fait le choix d’une hotte simple et chic, à en faire pâlir de jalousie ce scandinave de père Noël, et contrairement au matelas de 160 centimètres, la hotte fut livrée à temps mais passa de longues semaines dans l’entrée au pied de l’escalier sans bouger d’un pouce, au point que Luluchatigré avait pris l’habitude de s’en servir d’estrade pour nous servir son numéro de domptage de mouches.

Puis un jour en rentrant, sans crier gare, j’ai retrouvé le mâle recouvert de poussière, debout dans la cuisine sur un tabouret qui s’appelait Gérard. Il parlait tout seul et muni de tous ses outils empilés dans l’évier, faisait face à un trou béant d’où sortaient toutes sortes d’obscurs tuyaux enduits de gras de bouillon vieux d’un siècle. Ni une ni deux, je me suis armée de mon aspirateur portatif, j’ai posé des questions techniques (pourquoi autant de poussière ?) tout en aspirant ses chaussons (pourquoi sont-ils sur le frigo ?), mais le mâle est resté concentré, puis il a subitement tout démonté pour remettre droit quelque chose qui l’était déjà, il a fixé le tout, il a donné le coup de chiffon final et j’ai sorti notre vieille cocotte minute et son joint flagada pour procéder à l’inauguration officielle de la hotte à aspiration verticale, à laquelle nous avons assisté avec émotion, installés sur Mauricette et Gérard, tout en mangeant une galette de riz au Saint Môret qui a fait à peu près autant de poussière que le démontage de la hotte en elle-même.

Nous sommes très contents. Elle fait autant de bruit qu’un hélicoptère mais elle aspire super bien le bouillon de nouille – je crois même qu’au passage elle a aspiré une mouche – Luluchatigré ne nous a jamais pardonné (elle n’a plus le pouvoir sur personne).

J’ai trouvé un logement idéalement placé avec une piscine intérieure,

des chaussons éponge, une petite cuisine intégrée, une belle literie et le calme absolu pour notre visite de la tapisserie de Bayeux en octobre, ai-je dit au mâle. La seule contrainte, c’est qu’il s’agit une résidence spécialisée pour seniors. Accès sécurisé avec carte à puces et grand choix d’activités favorables aux articulations.

- Banco ! m’a dit le mâle.

Je suis bien d’accord. En plus la marraine de la résidence c’est Danièle Evenou, ça ne peut que être bien.

Il m’a pris la folle idée d’acheter un nouveau legging

alors je me suis rendue dans un magasin dont je tairai le nom, pourvoyeur de pyjamas en pilou, de chaussons en polaire, de culottes sous vide et de soutiens-gorge qui grattent, et j’ai farfouillé un moment au tourniquet des collants avant de trouver un legging noir soigneusement empaqueté dans un origami de sangles et de cartons. Comme j’ai la phobie d’étouffer de la fesse, j’ai naturellement demandé à la grande vendeuse aux cheveux fous si je pouvais l’essayer, essuyant immédiatement un refus catégorique : le legging ne s’essaye pas, et pour connaître ma taille, il suffisait de mesurer ma plante de pieds et de me référer à la grille.

Alors que tournai les talons, choquée par tant de violence et légèrement étourdie par cette histoire de plante de pieds, j’ai été rattrapée de justesse par une autre vendeuse qui ressemblait beaucoup à Jiminy Cricket, qui m’a fourgué le legging déplié dans les mains avant de me pousser en cachette vers la cabine en chuchotant d’un air conspirateur : « Vite, avant qu’elle ne revienne ».

Le cœur battant, je me suis retrouvée dans la cabine interdite munie de ce satané legging, et alors que je me battais avec une jambe et un genou, j’ai entendu la grande vendeuse aux cheveux fous revenir de la réserve. Elle farfouillait dans les cintres de l’autre côté du rideau. Impossible de sortir sans me faire pincer pour essayage frauduleux de legging. Et ce monstre de Jiminy Cricket qui avait disparu. J’étais fichue, alors j’ai commencé à transpirer et à dresser la liste du matériel à ma disposition me permettant de tenir un siège de cent ans : un demi bretzel au fromage et cinq vies à candy crush. J’ai envoyé un sms au mâle.

« je suis coincée dans un legging et je ne peux pas sortir, la vendeuse me surveille ».

Pour toute réponse j’ai eu pour consigne d’acheter de la mousse à raser et quatre tranches de jambon à la coupe en limitant les emballages plastique. La prochaine fois j’achèterai plutôt un soutien-gorge qui gratte (pour connaître sa taille il suffit de mesurer son avant-bras).

Nous avons donc décidé d’aller en Normandie

au mois d’octobre. Je suis officiellement investie de la mission d’organiser un séjour merveilleux permettant tout à la fois de se recueillir sur un mémorial de la deuxième guerre mondiale (le mâle est tout excité), d’interviewer d’anciennes combattantes poilues ayant choisi de vivre leur retraite en mâchant un chewing-gum sur le littoral, de goûter une spécialité exotique complètement folle (l’omelette aux oeufs), de crouncher dans un biscuit de la mère Poulard, de jeter dans les sables mouvants de la baie du Mont-Saint-Michel un coquillage sculpté à l’effigie de Cersei Lannister et d’étudier attentivement la Tapisserie de Bayeux dans le but de lancer une reproduction frauduleuse de sets de table que je vendrai sur internet. Vivement les vacances !

Je signale

que je recherche une destination pour nos prochaines vacances d’octobre, incluant obligatoirement des vaches, des plages du débarquement et du camembert. Je vous tiens au courant.

J’ai acheté un nouvel aspirateur portatif

et bien sûr chacun sait que c’est une GRANDE nouvelle étant donné le désespoir dans lequel m’avait plongé mon dernier investissement, un aspirateur portatif incapabe d’aspirer une chips molle, et qui n’a jamais fonctionné de manière autonome plus de quinze secondes, soit moins que le temps nécessaire pour écraser une chips molle en miettes molles. Bref, je suis donc retournée chez Darty et j’ai pris un aspirateur portatif à technologie Boost Cyclone le plus puissant de tout le rayon. Le problème, c’est le Boost Cyclone. C’est simple, la dernière fois que j’ai aspiré la huche à pain, le mâle a cru que je me séchais les cheveux.

J’ai acheté un nouveau sèche-cheveux.

Dans un souci d’optimisation temporelle de présence en salle de bains récemment imposée par la Brigade des Gens qui Voudraient Juste se Brosser les Dents, je suis allée chez Darty en quête d’un ustensile permettant de réduire mon temps de séchage de cheveux de moitié. Après les avoir tous étudiés à la loupe, j’ai finalement opté pour un sèche-cheveux à turbo et technologie ionique le plus puissant de tout le rayon. Maintenant le problème, c’est le turbo. La dernière fois que je me suis séchée les cheveux, le mâle a cru que je garais un Airbus, il m’a présenté sa carte d’embarquement pour aller dans la douche.

J’ai demandé au mâle si je pouvais jeter un vieux journal.

Il m’a répondu : Oui, ce n’est que l’émanation économique d’un journal national dans sa déclinaison locale.

La prochaine fois je poserai plutôt la question au moustique.

 (il va super bien, il joue du banjo avec la membrane de mon tympan)

Une nuit, je me suis levée brusquement

alors que je ne me lève jamais brusquement, au contraire du mâle qui se lève d’un bond comme un ressort survitaminé dès la première sonnerie du réveil, frais comme un gardon et mentalement disponible pour attaquer n’importe quel ouvrage de Bernard Guetta ou Chateaubriand, alors que j’émerge lentement et péniblement d’un océan de draps fripés avec la vigueur d’un escargot qui s’étire les antennes.

Mais cette nuit là, je me suis levée brusquement pour ne plus jamais réapparaître. Inquiet de trouver le grand lit vide au milieu de la nuit, le mâle est descendu voir ce qui se tramait et m’a trouvée dans la salle de bains, placard ouvert, tête en équerre, coton tige dans l’oreille. Autre caractéristique : je ne clignais plus des paupières et je répétais d’une voix blanche qu’un moustique était entré dans mon oreille et qu’il n’était jamais ressorti. Jamais ressorti.

J’ai tout tenté. Mais j’ai fait chou blanc avec le coton-tige à tête circulaire, le petit doigt vibrant et le mouchoir taillé en crochet du Capitaine Crochet. J’ai même essayé de noyer le moustique dans sa cavité avec du sérum physiologique pour les yeux et le mâle a dû m’empêcher de m’inonder l’oreille avec du Sterimar dans le but de créer un tsunami dévastateur à l’encontre du moustique. Depuis cette nuit, il va sans dire qu’il n’est jamais ressorti. Et je SAIS qu’il est toujours là. La preuve, il me lit Chateaubriand TOUS LES MATINS à cinq heures pétantes (et bien sûr, il a choisi Mémoires d’Outre-Tombe).