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J’ai acheté un nouveau sèche-cheveux.

Dans un souci d’optimisation temporelle de présence en salle de bains récemment imposée par la Brigade des Gens qui Voudraient Juste se Brosser les Dents, je suis allée chez Darty en quête d’un ustensile permettant de réduire mon temps de séchage de cheveux de moitié. Après les avoir tous étudiés à la loupe, j’ai finalement opté pour un sèche-cheveux à turbo et technologie ionique le plus puissant de tout le rayon. Maintenant le problème, c’est le turbo. La dernière fois que je me suis séchée les cheveux, le mâle a cru que je garais un Airbus, il m’a présenté sa carte d’embarquement pour aller dans la douche.

J’ai demandé au mâle si je pouvais jeter un vieux journal.

Il m’a répondu : Oui, ce n’est que l’émanation économique d’un journal national dans sa déclinaison locale.

La prochaine fois je poserai plutôt la question au moustique.

 (il va super bien, il joue du banjo avec la membrane de mon tympan)

Une nuit, je me suis levée brusquement

alors que je ne me lève jamais brusquement, au contraire du mâle qui se lève d’un bond comme un ressort survitaminé dès la première sonnerie du réveil, frais comme un gardon et mentalement disponible pour attaquer n’importe quel ouvrage de Bernard Guetta ou Chateaubriand, alors que j’émerge lentement et péniblement d’un océan de draps fripés avec la vigueur d’un escargot qui s’étire les antennes.

Mais cette nuit là, je me suis levée brusquement pour ne plus jamais réapparaître. Inquiet de trouver le grand lit vide au milieu de la nuit, le mâle est descendu voir ce qui se tramait et m’a trouvée dans la salle de bains, placard ouvert, tête en équerre, coton tige dans l’oreille. Autre caractéristique : je ne clignais plus des paupières et je répétais d’une voix blanche qu’un moustique était entré dans mon oreille et qu’il n’était jamais ressorti. Jamais ressorti.

J’ai tout tenté. Mais j’ai fait chou blanc avec le coton-tige à tête circulaire, le petit doigt vibrant et le mouchoir taillé en crochet du Capitaine Crochet. J’ai même essayé de noyer le moustique dans sa cavité avec du sérum physiologique pour les yeux et le mâle a dû m’empêcher de m’inonder l’oreille avec du Sterimar dans le but de créer un tsunami dévastateur à l’encontre du moustique. Depuis cette nuit, il va sans dire qu’il n’est jamais ressorti. Et je SAIS qu’il est toujours là. La preuve, il me lit Chateaubriand TOUS LES MATINS à cinq heures pétantes (et bien sûr, il a choisi Mémoires d’Outre-Tombe).

Finalement, Monsieur Lit nous a donné notre matelas de 160 cm.

Par un après-midi pluvieux, le mâle est donc allé chercher notre nouveau lit pendant que je restais dans la chambre vide, guillerette, à aspirer une population d’acariens en exode et un groupuscule de moutons de poussière qui s’étaient cachés tout ce temps hors de la portée du manche télescopique de l’aspirateur, fièrement arrimés à un élastique à cheveux qui a sûrement dû rendre son dernier souffle le jour où Luluchatigré a voulu me prouver qu’elle était douée en curling – alors que tout le monde sait que Luluchatigré n’excelle que dans une seule activité : la poursuite de ver de terre coupé en deux.

Bref, lorsque le mâle est arrivé, il a fallu sortir le monstre de la voiture. Il s’est mis devant, je me suis mise derrière, et agrippée de tout mon être à cet énorme morceau de latex sans aspérités, j’ai tenté de le soulever en suivant les recommandations posturales des déménageurs bretons tout en essayant de respirer ET d’éviter que le monstre n’aille se frotter à un coffre sale, un pneu sale, un trottoir sale, un gazon mouillé et au ver de terre coupé en deux.

Ensuite il a fallu gravir chacune des marches d’un escalier sans fin, où j’ai bien cru vivre ma dernière heure lorsque j’ai perdu le contrôle de mon coin de matelas qui est venu cogner contre la lampe installée par le mâle à grands renforts de vis. Après avoir rassuré le mâle en lui faisant constater que l’ampoule n’était pas cassée, grâce au test dit « du tâtonnement du bout du coude », nous sommes enfin arrivés dans la chambre où le matelas fut déposé sur le nouveau sommier sous l’applaudissement du ver de terre coupé en deux (une partie de lui-même s’était accrochée à ma chaussure, tel le Indiana Jones des lombrics sautant dans son dirigeable pour semer les nazis).

Et bien ce n’est pas le ver de terre qui est venu me contredire : vingt centimètres de plus, ça fait toute la différence. Je ne souffre plus du tout de somnambulisme du calamar, au contraire, parfois je me réveille pour aller voir si le mâle respire encore tant il me paraît loin. Le seul problème, c’est la lampe de l’escalier. Depuis que je l’ai décapitée, je crois qu’elle souffre du somnambulisme du Stroboscope. Parfois elle clignote toute seule la nuit en faisant des bruits bizarres (j’ai HYPER la trouille).

 

Il faut vraiment que j’aille trier le placard de quelqu’un.

Cela m’évitera d’aller me défouler sur le jardin. L’autre jour, après avoir arraché toutes les mauvaises herbes à quatre pattes dans les cosmos, je suis descendue à la cave m’attaquer à mon patrimoine horticole : j’ai trié méthodiquement le contenu de dix années de conservation de sachets de graines. Étant donnée ma dernière récolte de radis creux, il fallait être réaliste quant à l’avenir d’une production de Courges Pink Jumbo Banana à semer avant le 31 juillet 2006 (en plus le sachet était ouvert, mes graines Pink Jumbo alimentent sûrement un cartel de rats).

Ensuite, loin d’être rassasiée, j’ai entrepris de faire Nouveau Look pour une Nouvelle Vie à cette gothique de ciboulette en lui taillant franchement dans la masse, et avec tout ça, j’ai pu cuire trois quiches vertes. Au moins, ça nous a changé un peu des galettes au son d’avoine, puisque j’ai voulu tester la recette Dukan, celle avec le fromage blanc et l’œuf, mais j’ai obtenu des éponges marines atrophiées et globalement elles avaient un goût de papier kraft. Au moins, mes quiches vertes avaient un goût de ciboulette, mais on s’est quand même un peu forcé à la fin et au début.

Alors maintenant, il faut me laisser venir chez vous jeter des choses, ou je vais finir par m’arrêter sur l’autoroute pour tailler cette branche d’acacia qui dépasse au niveau de la sortie 19. Et j’en profiterai pour enterrer mes galettes au son.

C’est incroyable.

Il semblerait qu’au bout du compte, mon Opération Tri de Penderie soit parvenue à son terme. Démarrée depuis plusieurs années et religieusement suivie à chaque changement de saison, le Tri de Penderie se soldait quatre fois par an par un écrémage sans pitié de ma garde-robe, m’arrogeant le droit de vie ou de mort sur une chaussette trop rêche, tel le Jeoffrey Lannister de la Soupline.

Je ne laissais non plus aucune chance aux pantalons désœuvrés, aux pulls lascifs, aux blouses oisives, aux culottes en préretraite ou à ces grands chômeurs de vieux maillots de bain, et même récemment, de fil en aiguille et de tiroir en placard, aux draps troués, serviettes pelées ou sets de table scrofuleux.

Mais aujourd’hui, je suis comme arrivée à la fin du processus. Ma penderie semble se suffire à elle-même, il n’y a plus rien à évacuer, même pas un petit gilet apathique ou un pyjama moribond. Sauf accident de sauce tomate, de cambouis de dérailleur ou de lasure à volets, je n’aurai plus rien à acheter dans les six mois à venir.

Je vous laisse, je vais trier mes cure-dents par nuance de beige.

Il arrive un jour où il faut se rendre à l’évidence,

un matelas de cent quarante centimètres, c’est trop petit pour deux. Longtemps convaincue que l’achat d’un matelas plus grand constituerait un pas de plus vers le peignoir en molleton et le ciseau de pédicure télescopique, j’ai dû affronter la réalité en face. Le changement de matelas est inéluctable, car il semblerait que je sois atteinte d’un cas très rare de somnambulisme, dit le Somnambulisme du Calamar.

Il paraît que la nuit, je déplie mes bras et mes jambes et que je les allonge jusqu’à prendre possession de tout l’espace environnant, au point qu’il existe une légende urbaine (jamais prouvée scientifiquement) selon laquelle le mâle aurait failli mourir étouffé, la tête coincée dans le tiroir de la table de nuit.

Il fallait donc agir vite : j’ai pris rendez-vous chez Monsieur Lit et j’ai fait un pas supplémentaire vers le peignoir en molleton en lisant attentivement, et ne le nions pas, avec un certain bonheur, le dernier UFC Que Choisir spécial Literie. Mousse, ressorts, latex, ventilation, garnissage, ouate thermo régulée, suspension air spring, biportance, cross system, bodyzones : je suis subitement devenue incollable sur les matelas et totally fluent en acarien troisième langue.

C’est à partir de ce moment là que j’ai franchi un pas de plus dans l’intimité de mes amis, en leur demandant sans crier gare s’ils étaient plutôt mousse ou latex, tout en prétextant un besoin pressant au moment du dessert pour aller rebondir en cachette sur leur matelas. Bien sûr, au bout de quinze jours, n’y tenant plus, j’ai foncé chez Monsieur Lit où j’ai soigneusement testé tous les modèles du magasin dans toutes les positions, pendant que Monsieur Lit me suivait en faisant l’éloge de ses fibres enrichies en aloé vera.

Après quelques jours d’insoutenables réflexions sur des détails sans importance (le mâle a voulu savoir si le sommier que je convoitais passait dans l’escalier), j’ai franchi le seuil de Monsieur Lit sous les applaudissements d’une centaine de lattes à sommier en liesse et j’ai commandé l’Elu.

Quelques jours plus tard, nous avons appris que Monsieur Lit déposait le bilan. Le mâle a beaucoup ri, il a parié deux semaines de vaisselle que je ne reverrai jamais mon acompte. Il ferait mieux de se méfier du calamar géant.

Je me suis entaillée l’index

en faisant un geste brusque avec le couteau à beurre. Ensuite j’ai mis la table dehors, j’ai fait tomber la boule de mozzarella dans mon verre de Pulco et je me suis cognée le genou au tourniquet du parasol en rattrapant la bouteille d’huile d’olive qui tombait de la table. Le Mâle m’a mise en quarantaine.

Finalement, Keyboard Cat

c’est un peu le Evegny Kissin de Luluchatigré.

Pas de finale de coupe du monde hier soir

puisque nous avions réservé de longue date des billets pour le récital du très pâle Evgeny Kissin, pianiste russe virtuose possédant les mêmes cheveux que Kev Adams mais quatre fois plus de doigts. Je me réjouissais à l’idée de le revoir, puisque dix ans nous séparait de notre dernière rencontre, à Nancy, quand j’habitais à côté de l’Opéra où je me rendais régulièrement au lieu de m’intégrer aux autres étudiants (cela dit je regardais aussi la StarAc ‘ en mangeant des steacks hachés au chèvre)(a-t-on des nouvelles de Rudy ?).

Bref, hier soir le récital avait lieu dans une église, avec beaucoup de chaises. Bien sûr cette histoire de chaises a tourné longtemps dans ma tête, induisant la crainte de nombreux scénarios catastrophe, dont la traditionnelle quinte de toux pendant le troisième mouvement, la noyade dans un océan de notes, l’apoplexie fulgurante en ré majeur, la tétanie irréversible, l’asphyxie au Chanel N°5, sans compter ma vessie de moineau et le risque permanent de réminiscence de fous rires oubliés, comme quand cet homme au restaurant avait bu à côté de sa bouche ou quand, à Paris, nous avions demandé notre chemin à un japonais ahuri.

Heureusement, une fois installés, Kissin est arrivé rapidement, il a joué Schubert et Scriabine, les chaises se sont envolées et la succion d’un Frisk a permis d’oxygéner mon cerveau pendant tout le récital.

Notons malgré tout que mes craintes n’étaient pas totalement infondées : j’ai effectivement frôlé l’apoplexie, quand, au cours d’un long voyage mental intérieur porté par une succession stakhanoviste d’accords, j’ai commencé à faire des expériences sur ma capacité pulmonaire maximale. J’ai aussi frôlé le fou rire, à observer longuement le mâle plier sa veste en quatre en faisant le moins de bruits et de gestes possibles pendant le premier mouvement de la sonate en ré majeur de Schubert. En  tout cas, en rentrant à la maison, j’ai immédiatement repris mes exercices de piano (mais Luluchatigré a eu une quinte de toux).