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C’est incroyable.

Il semblerait qu’au bout du compte, mon Opération Tri de Penderie soit parvenue à son terme. Démarrée depuis plusieurs années et religieusement suivie à chaque changement de saison, le Tri de Penderie se soldait quatre fois par an par un écrémage sans pitié de ma garde-robe, m’arrogeant le droit de vie ou de mort sur une chaussette trop rêche, tel le Jeoffrey Lannister de la Soupline.

Je ne laissais non plus aucune chance aux pantalons désœuvrés, aux pulls lascifs, aux blouses oisives, aux culottes en préretraite ou à ces grands chômeurs de vieux maillots de bain, et même récemment, de fil en aiguille et de tiroir en placard, aux draps troués, serviettes pelées ou sets de table scrofuleux.

Mais aujourd’hui, je suis comme arrivée à la fin du processus. Ma penderie semble se suffire à elle-même, il n’y a plus rien à évacuer, même pas un petit gilet apathique ou un pyjama moribond. Sauf accident de sauce tomate, de cambouis de dérailleur ou de lasure à volets, je n’aurai plus rien à acheter dans les six mois à venir.

Je vous laisse, je vais trier mes cure-dents par nuance de beige.

Il arrive un jour où il faut se rendre à l’évidence,

un matelas de cent quarante centimètres, c’est trop petit pour deux. Longtemps convaincue que l’achat d’un matelas plus grand constituerait un pas de plus vers le peignoir en molleton et le ciseau de pédicure télescopique, j’ai dû affronter la réalité en face. Le changement de matelas est inéluctable, car il semblerait que je sois atteinte d’un cas très rare de somnambulisme, dit le Somnambulisme du Calamar.

Il paraît que la nuit, je déplie mes bras et mes jambes et que je les allonge jusqu’à prendre possession de tout l’espace environnant, au point qu’il existe une légende urbaine (jamais prouvée scientifiquement) selon laquelle le mâle aurait failli mourir étouffé, la tête coincée dans le tiroir de la table de nuit.

Il fallait donc agir vite : j’ai pris rendez-vous chez Monsieur Lit et j’ai fait un pas supplémentaire vers le peignoir en molleton en lisant attentivement, et ne le nions pas, avec un certain bonheur, le dernier UFC Que Choisir spécial Literie. Mousse, ressorts, latex, ventilation, garnissage, ouate thermo régulée, suspension air spring, biportance, cross system, bodyzones : je suis subitement devenue incollable sur les matelas et totally fluent en acarien troisième langue.

C’est à partir de ce moment là que j’ai franchi un pas de plus dans l’intimité de mes amis, en leur demandant sans crier gare s’ils étaient plutôt mousse ou latex, tout en prétextant un besoin pressant au moment du dessert pour aller rebondir en cachette sur leur matelas. Bien sûr, au bout de quinze jours, n’y tenant plus, j’ai foncé chez Monsieur Lit où j’ai soigneusement testé tous les modèles du magasin dans toutes les positions, pendant que Monsieur Lit me suivait en faisant l’éloge de ses fibres enrichies en aloé vera.

Après quelques jours d’insoutenables réflexions sur des détails sans importance (le mâle a voulu savoir si le sommier que je convoitais passait dans l’escalier), j’ai franchi le seuil de Monsieur Lit sous les applaudissements d’une centaine de lattes à sommier en liesse et j’ai commandé l’Elu.

Quelques jours plus tard, nous avons appris que Monsieur Lit déposait le bilan. Le mâle a beaucoup ri, il a parié deux semaines de vaisselle que je ne reverrai jamais mon acompte. Il ferait mieux de se méfier du calamar géant.

Je me suis entaillée l’index

en faisant un geste brusque avec le couteau à beurre. Ensuite j’ai mis la table dehors, j’ai fait tomber la boule de mozzarella dans mon verre de Pulco et je me suis cognée le genou au tourniquet du parasol en rattrapant la bouteille d’huile d’olive qui tombait de la table. Le Mâle m’a mise en quarantaine.

Finalement, Keyboard Cat

c’est un peu le Evegny Kissin de Luluchatigré.

Pas de finale de coupe du monde hier soir

puisque nous avions réservé de longue date des billets pour le récital du très pâle Evgeny Kissin, pianiste russe virtuose possédant les mêmes cheveux que Kev Adams mais quatre fois plus de doigts. Je me réjouissais à l’idée de le revoir, puisque dix ans nous séparait de notre dernière rencontre, à Nancy, quand j’habitais à côté de l’Opéra où je me rendais régulièrement au lieu de m’intégrer aux autres étudiants (cela dit je regardais aussi la StarAc ‘ en mangeant des steacks hachés au chèvre)(a-t-on des nouvelles de Rudy ?).

Bref, hier soir le récital avait lieu dans une église, avec beaucoup de chaises. Bien sûr cette histoire de chaises a tourné longtemps dans ma tête, induisant la crainte de nombreux scénarios catastrophe, dont la traditionnelle quinte de toux pendant le troisième mouvement, la noyade dans un océan de notes, l’apoplexie fulgurante en ré majeur, la tétanie irréversible, l’asphyxie au Chanel N°5, sans compter ma vessie de moineau et le risque permanent de réminiscence de fous rires oubliés, comme quand cet homme au restaurant avait bu à côté de sa bouche ou quand, à Paris, nous avions demandé notre chemin à un japonais ahuri.

Heureusement, une fois installés, Kissin est arrivé rapidement, il a joué Schubert et Scriabine, les chaises se sont envolées et la succion d’un Frisk a permis d’oxygéner mon cerveau pendant tout le récital.

Notons malgré tout que mes craintes n’étaient pas totalement infondées : j’ai effectivement frôlé l’apoplexie, quand, au cours d’un long voyage mental intérieur porté par une succession stakhanoviste d’accords, j’ai commencé à faire des expériences sur ma capacité pulmonaire maximale. J’ai aussi frôlé le fou rire, à observer longuement le mâle plier sa veste en quatre en faisant le moins de bruits et de gestes possibles pendant le premier mouvement de la sonate en ré majeur de Schubert. En  tout cas, en rentrant à la maison, j’ai immédiatement repris mes exercices de piano (mais Luluchatigré a eu une quinte de toux).

Garçon, un Express !

Je vous laisse découvrir une petite interview dans l’Express Styles. Et dire que Luluchatigré ne s’est même pas peignée la moustache pour l’occasion !… à bientôt !

Dure journée pour Luluchatigré.

Samedi, nous avons accueilli vingt-quatre bras à huit heures du matin pour nous aider à empiler huit stères de bois et manger huit quiches et le double de mini-magnums glacés.

Assistant d’un œil récalcitrant à tout ce grabuge qui a totalement désorganisé sa chasse aux moineaux sauvages du Bengale, Luluchatigré s’était postée toute la matinée bien à distance de tout le monde et surtout des quelques enfants qui auraient bien voulu voir si c’était un vrai chat ou juste un doudou qui se déplaçait.

Mais au cœur de l’action, alors que les vingt-quatre bras s’activaient à leur tâche dans une belle fraternité bûcheronne et que je m’activais à la découpe du saucisson avec le sentiment du devoir accompli, un enfant a réussi à s’échapper de son puzzle pour tenter de toucher du doigt le sphinx sacré qui nous dominait fièrement de toute la hauteur de sa rambarde.

- fais attention mon poussin, tu sais, c’est un très vieux chat ! Entendit-on soudain résonner du fond du jardin.

J’ai entendu, le saucisson a entendu, les moineaux du Bengale ont entendu, Luluchatigré a entendu.

Depuis j’ai essayé de la rassurer, de la complimenter sur les belles rayures de son pelage et même de lui filer un bout de saucisson mais c’était trop tard, le mal était fait.

Maintenant Luluchatigré a pris rendez-vous chez MinouCoiff’ pour se faire lisser la moustache et elle porte des bracelets Rainbow Loom à chaque patte.

Cette nuit, un chien a aboyé

TOUTES LES 15 SECONDES à partir de deux heures du matin.

Ça faisait comme ça :

WOU. Woooooooooou. WOU.

WOU. Woooooooooou. WOU.

WOU. Woooooooooou. WOU.

Mais-c´est-quoi-ce-clebs ? Il-va-quand-même-pas-nous-faire-ça-toute-la-nuit.

WOU. Woooooooooou. WOU.

C’est-pas-bientôt-fini-le-clebs-!-Tu-te-tais-maintenant !

WOU. Woooooooooou. WOU.

Tu-te-tais !

WOU. Woooooooooou. WOU.

Va-voir-chez-ToutouCoiff-si-j’y-suis !

WOU. Woooooooooou. WOU.

Va-voir-chez-Pif-et-Hercule-si-j’y-suis !

WOU. Woooooooooou. WOU.

Va-voir-chez-Céline-Dion-si-j’y-suis !

C’est à partir de là qu’il a fait :

WOU. WOU. WooouWooooooouWooooooou Wooooou Woou.

(Near, far, whereeeeeeeeever you are)

J’ai fermé la fenêtre et j’ai mis des boules Quies.

On a regardé le foot chez Footix le Sage.

Avec le mâle, nous sommes allés regarder le match chez notre ami Footix le Sage, et j’ai tout de suite senti que j’allais passer une bonne soirée. A mon arrivée, il y avait un saucisson coupé en rondelles et des petits crounchs à la cacahuète que je n’avais pas mangés depuis des LUSTRES puisque j’ai décidé d’arrêter de manger des aliments soufflés (sauf les chouquettes – on ne peut décemment snober une pâte à chou).
Le mâle, lui, était déjà arrivé, car il a décidé de s’intéresser ponctuellement au football et ça tombe bien, ça nous fait une pause dans sa lecture de l’œuvre intégrale de Chateaubriand (et dire qu’il va encore falloir clouer une étagère). Lui aussi avait l’air de passer une bonne soirée, puisqu’il bénéficiait des explications avisées et des commentaires pointus de Footix le Sage (qui a changé de t-shirt avant la rencontre parce qu’il était vert).
D’un coup, au beau milieu d’une passe décisive, j’ai voulu faire un commentaire sur la peau du saucisson, le mâle a voulu parler du coup d’état argentin de 1976, Footix a crié quelque chose de pas très académique à propos d’un tir mal cadré, ça a fait sauter tous les crounchs dans leur bol, la plante verte s’est figée dans son cache-pot et le mâle, Didier Deschamps et moi n’avons plus moufté. Ensuite on a marqué. La prochaine fois, je retourne chez Footix le Sage.
(mais j’enlèverai quand même la peau !)

J’ai fait un affreux cauchemar.

J’étais sur le pont d’un bateau au cœur d’une tempête de tous les diables, et le capitaine m’a demandé de faire un nœud marin avec ma COUETTE. Quand je me suis réveillée, j’étais toute échevelée, le lit n’avait plus de draps, le Mâle n’avait plus d’oreiller, le chevet n’avait plus de lampe et Luluchatigré avait profité du swell pour surfer en goofy foot sur mon album d’Astérix chez les bretons.