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Vingt et un mois

L’année s’achève sur un mois de décembre de folie pour le crocus, qui a vécu avec intensité tous les chapitres traditionnels de la féérie de Noël.
 

Le spectacle à la médiathèque

En cherchant un nouveau livre de comptines à la médiathèque, j’ai empoché, fière comme Artaban, le programme d’activités du mois de décembre. Je l’ai immédiatement suspendu par une pince à linge au fil d’actualités de la cuisine, bien décidée à offrir au crocus une vie culturelle à faire pâlir les chroniqueurs mondains du magazine Papoum.

Après avoir longuement étudié la mise en page néo avant-gardiste de ce triptyque en papier (les têtes de paragraphe étaient précédées d’un point d’exclamation en italique), j’ai choisi d’aller voir un spectacle de marionnettes un mercredi à 16h30.

Evidemment, à un spectacle de marionnettes, il y a des enfants qui crient, se roulent dans le foin ou tournent sur eux-mêmes comme des toupies dans un joyeux brouhaha, on peut se gratter la puce en rêvant pendant que deux loustics en pâte à sel se castagnent avec une frite en mousse.

Dramatique erreur ! Quelle fut ma surprise quand à notre arrivée, la dame de la médiathèque nous introduisit dans une crypte feutrée où attendaient déjà une quarantaine d’enfants sages. Les mouches parlaient à voix basse et j’avais peur qu’en passant, les fanfreluches de ma capuche ne fassent éternuer la ligne de spectateurs derrière moi.

Puis ce qui devait arriver arriva, les lumières s’éteignirent dans un silence de cathédrale, le spectacle commença et au bout de cinq minutes, le crocus se désintéressa des créatures poétiques en corde et lichen pour ramper sous les chaises afin d’atteindre le câble électrique d’alimentation générale de la pièce.

Miraculeusement, une briquette de jus de raisins ayant échappé à la vigilance du cerbère de la crypte permit d’hydrater et de captiver le crocus quelques minutes de plus. Ensuite il s’est beaucoup investi dans la recherche de ce fichu paquet de mouchoirs qui aurait permis d’essorer la flaque de baies de muscat de Hambourg sur son pull. Nous n’avons jamais trouvé de mouchoir, mais j’ai continué à l’occuper en faisant offrande de mon porte-monnaie, pour qu’il puisse mettre à jour ma carte vitale avec ses dents.

Quand la lumière s’est rallumée, j’ai pu lâcher le crocus dans l’arène pendant que tout le monde sortait. Et pendant que je cherchais la pièce de vingt centimes qui avait roulé sous mon siège, il a gentiment donné du jus de raisin à une petite marionnette en fougères.

Le tour en âne

Au marché médiéval, j’ai décidé d’emmener le crocus faire un tour à dos d’âne, synonyme d’enchantement absolu pour quiconque aime les grandes oreilles et les poils au menton, ce qui est le cas du crocus. Une dizaine de vieux routards à la croupe tannée par les frimas de l’hiver et la fumée de sanglier à la broche attendait déjà sur la place, remarquant à peine la déferlante envahissante de doudounes aux alentours.

J’ai posé le crocus tout emmitouflé par terre et j’ai désigné le troupeau en lui demandant si ça lui dirait de faire un tour en âne, ce à quoi il a répondu d’un hochement de tête enjoué. S’en est suivi un débat de techniciens entre deux meneurs d’ânes sur le choix de la monture la plus à même de s’acquitter de cette tâche.

Finalement, c’est Cachou qui a été choisi, et j’étais parfaitement satisfaite car la selle de Cachou disposait d’une petite poignée en moumoute. Quand tous les ânes furent assignés, la caravane se mit en branle et le meneur en chef, plus investi que jamais, a hurlé à travers la foule sa légendaire rengaine « Les ânes ! » (simple mais efficace).

J’étais chargée de tenir le crocus par le bras au cas où, ce qui devint assez vite périlleux car au premier carrefour après les crêpes aux pommes, Cachou a voulu dépasser Zébulon par la droite pour accéder à une balconnière de trèfles, et je me suis retrouvée coincée en sandwich entre les deux énergumènes. Quand ils ont commencé à trotter, j’ai tenu coûte que coûte le bras du crocus, la poignée en moumoute et la capuche d’un touriste belge pour éviter de me ratatiner.

Le crocus, secoué comme un touareg sur un dromadaire au grand galop, avait l’air très satisfait et il n’a même pas eu peur quand j’ai percuté de plein fouet un panier de pommes de pin dans les cinq derniers mètres.

Le calendrier de l’Avent

A force de traîner sur Pinterest pour trouver des solutions de rangement acceptables relatives à une imprimante défiant les lois de l’esthétique, j’ai voulu réaliser quelque chose de mes mains pour le crocus. Comme la dernière fois que j’ai réalisé un collage de feuilles mortes, ma collègue a ri pendant trois jours de mon hérisson flétri, j’ai décidé de laisser tomber le DIY et de remplir simplement 24 petites boîtes.

Alors je me suis mise en quête d’adorables petits joujoux et je n’étais pas peu fière de ma collection qui incluait Donald Duck, Bambi, des moutons fluorescents, P’tit Loup détective et un chien en latex.

Au bout de deux cases, le crocus avait compris qu’il n’y avait pas de chocolat et il a boycotté systématiquement le joujou en pleurant. Alors on a laissé tomber le calendrier, on lui a donné tous les soirs un carreau de chocolat qu’il grignotait en enlevant les boules du sapin pour les jeter sur le chat.

Les préparatifs avant la fête

Tous les jours, le crocus m’accompagne dans la salle de bains pour participer aux ablutions. Il a son petit escabeau privé lui donnant accès à son pochon d’accessoires. Bien sûr, il n’a que faire de sa petite brosse et son petit pinceau sephora, et n’a d’yeux que pour mes effets personnels.

Alors pour les fêtes, il a eu le droit de tremper le doigt dans la BB crème, de tracer une ligne d’anti-cernes sur le lavabo et de mettre du mascara sur le nez. Le crocus était tellement content qu’il m’a même laissé lui mettre un petit élastique à cheveux (sa coupe Jacquouille évolue dangereusement vers une coupe Donald Trump), j’étais satisfaite, mais en sortant de la salle de bains nous avons croisé le Mâle qui a crié au scandale en le comparant à un chihuahua. 

La gastro avant les fêtes

D’abord j’ai cru que j’avais mal digéré quelque chose, puis j’en ai été convaincue, puis j’en ai eu la preuve, puis j’ai passé la nuit à gémir en jurant devant Dieu de ne plus jamais rien avaler. Le lendemain, j’ai mangé six cuillères de riz et je me suis jurée de ne plus jamais rien avaler de gras. Le lendemain, je me suis jurée de ne plus jamais avaler de foie gras et le lendemain, une alléchante odeur de toast grillé est venue me titiller les narines.

Pendant tout ce temps, le Mâle s’est patiemment occupé du crocus à qui il était formellement interdit d’approcher le canapé contaminé. C’était une torture de plus pour moi, j’avais tellement envie de le bisouter que j’ai fait un transfert sur mon plaid en pilou dans lequel je me suis momifiée.

En plus, tel un témoin impuissant, j’étais condamnée à observer les allers et venues du crocus et du Mâle et leur manque flagrant d’efficacité domestique (on fait d’abord chauffer l’eau des pâtes avant de préparer la sauce, nom d’une pipe). C’est au moment où j’ai râlé à haute voix sur le temps (inouï !) de préparation du biberon que j’ai su que j’allais beaucoup mieux. 

9 Commentaires Poster un commentaire
  1. Sylvie #

    Bonjour,
    Il y a bien longtemps que mes petits crocus sont devenus de belles plantes (26 et 28 ans)mais quel plaisir de vous lire Vos articles sont des petits trésors d’humour et de tendresse et c’est toujours avec plaisir que je découvre vos écrits dans ma boite mail.
    Bonne année 2017 à votre petite famille sans oublier le chat!

    30 décembre 2016
  2. Bénédicte #

    « Quand ils ont commencé à trotter, j’ai tenu coûte que coûte le bras du crocus, la poignée en moumoute et la capuche d’un touriste belge pour éviter de me ratatiner. » Tiens tiens, notre Colombe Linotte s’est fait greffer un troisième bras! 😉
    Crocus est beaucoup plus téméraire que mon loustic au même âge, que j’avais posé sur un poney (petite joueuse que je suis, c’était dans un manège avec aucun obstacle sur mon chemin) et qui durant tout le tour avait une tête catastrophée, façon « Maman, pourquoi me fais tu ça, je vis mes derniers instants! ».
    Bon réveillon et bonne année!

    30 décembre 2016
  3. fruhauff #

    bonjour
    j’adore terminer cette année en éclatant de rire grâce à vos aventures que je relis régulièrement avec un immense bonheur. Merci du fond du coeur de partager avec un beau talent d’écriture ce quotidien avec votre petit bout de fille (et quelques apparitions de monsieur le Mâle)
    Beaux jours à vous en 2017
    Pascale

    31 décembre 2016
  4. Marie #

    Comme d’habitude je me régale du début à la fin… tellement drôle et bien écrit. Merci beaucoup et très bonne année 2017 pour la famille du Crocus!

    1 janvier 2017
  5. Merci pour le fou-rire, encore une fois. J’aime tellement l’humour et l’autodérision qui se dégagent de tes écrits !

    3 janvier 2017
  6. Je commence la nouvelle année en lisant tes, toujours, ingénieuses paroles! Alors belle année, j’espère en harmonie et avec un peu de temps pour mes amies de la blogo. Bien sûr chez vous sera de félicité avec ce crocus qui vous comble avec sa vitalité et bonheur.
    Gros bisous pour toute ta belle famille et pour toi.

    7 janvier 2017
  7. Lilicotte #

    Tes envolées lyriques, Colombe, sont de toute beauté … et me font bien sourire! Sacré crocus, sacré Mâle et sacrée Colombe! Bisous de canard gersois. 😉

    8 janvier 2017
  8. Melanie B #

    C’est toujours un enchantement de vous/te lire ! Bonne année à toute la famille du Crocus et en route pour de nouvelles aventures…

    10 janvier 2017
  9. Bonne année 2017 au crocus qui grandit si vite qu’il est maintenant capable de montrer à sa maman qu’il n’a que 21 mois !)) Et à sa maman qui comprend vite que 21 mois c’est bientôt 21 ans !

    15 janvier 2017

Commentaires

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