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Huit mois

Cette fois-ci, le crocus s’est concentré sur le développement de ses capacités motrices. Désormais, lorsqu’on le pose sur le parquet, il réussit à traîner le poids de son corps à la force de son bras droit, et rampe du point A au point C en s’arrêtant au point B pour regarder si on regarde. Luluchatigré a joué un grand rôle dans cette évolution fulgurante, puisqu’elle est passée du statut de peluche anti-stress à celui d’appât vivant, vers lequel le crocus se tracte de toutes ses forces en poussant des cris rauques, telle une créature assoiffée qui aurait repéré une cannette de Schweppes dans le désert de Gobi.

Luluchatigré fait d’ailleurs l’objet d’un véritable acharnement. Tout en buvant ses biberons, le crocus se déboîte régulièrement l’épaule pour apercevoir l’animal dans ses activités quotidiennes : se frotter la joue à l’angle de la table basse, se lécher les fesses dans la position du lotus ou monter les escaliers avec la vélocité chaloupée d’un dromadaire de course.

La nouvelle motricité du crocus a eu quelques impacts sur la sécurisation intérieure de la maison. Nous avons remarqué que le crocus se dirigeait principalement vers trois points stratégiques :

1 – les crocs boueuses du jardin

2 – la multiprise de la télévision

3 – la gamelle de croquettes

C’est un peu comme si nous, nous nous dirigions obstinément vers un volcan en éruption ou un réacteur nucléaire défectueux, ai-je dit au Mâle. Le Mâle m’a répondu que si cela m’intéressait, il avait trouvé sur le Boncoin un véritable boulet de bagnard avec sa chaîne, datant de l’Ancien Régime. Je n’ai jamais su s’il plaisantait ou non.

La nouvelle motricité du crocus a aussi fait tintinnabuler en moi la clochette des boutiques pour bébé, car je suis partie en quête de la paire de chaussons idéale. Tout terrain, en cuir, « souple et sobre, qui va avec tout ». Mais je ne sais pas ce qu’il s’est passé, je suis sortie de la première boutique venue avec des genres de babouches roses scintillantes serrées contre mon cœur. Le crocus les a portées trois jours, suscitant l’émerveillement des autres humanoïdes de la crèche, puis j’ai perdu sa babouche gauche quelque part entre la maison et la voiture, dans une flaque ou entre deux pavés, faisant certainement la joie d’un matou de gouttière qui y aura trouvé son chapeau pour la Saint Sylvestre.

Bref, non seulement le crocus se déplace, mais maintenant il gigote aussi comme un ver spasmophile sur la table à langer, rendant la fermeture des pyjamas aussi physique qu’un combat de catch entre Triple H et The Undertaker.

Cela dit, ce sera toujours plus facile que le jour où il a fallu faire rentrer le chat de mon collègue DJ-tatoué dans un panier de transport. Au moment venu, l’animal est devenu complètement fou. Il a cru que sa dernière heure était venue, « bats toi ou meurs » fut sa devise. Il s’est transformé en machine à lacérer, un voisin a finalement réussi à le canaliser en lui jetant un grand torchon de vaisselle sur la tête.

Le crocus s’amuse aussi beaucoup du haut de sa chaise haute, en jetant des cubes en plastique au sol afin de tester les lois de l’apesanteur selon la densité du plastique, l’intensité du lancer, la résistance de l’air et la couleur de son pyjama. Octopus, la pieuvre musicale, fait l’objet d’un traitement particulier puisqu’elle est préalablement mâchonnée et momifiée avec de la bave, ce qui ajoute un paramètre à la Gravimétrie, et vise probablement à mesurer les effets des marées sur le champ attractif du parquet de la cuisine.

Côté cheveux, le crocus se plume progressivement, mais sa densité capillaire reste approximativement la même que celle de Giscard en 1970, avec la particularité esthétique suivante : une mèche tombe sur le front et une houppette se dresse à l’arrière, façon cacaotès à huppe jaune.

En parlant de cacaotès, l’humanité doit savoir que le contenu des couches pue, mais que ça pue de plus en plus avec le temps. Le jour où le crocus était barbouillé à cause d’une coriace poussée dentaire, le Mâle a frôlé la chute de tension devant la table à langer, il s’est rattrapé in extremis à l’oreille d’un lapin rose avant de sniffer le pot de Vicks Vaporub pour s’en remettre. Coïncidence ou non, le lendemain je l’ai surpris sur son iPad, lisant un article des archives du ministère de la Défense sur l’utilisation du gaz moutarde contre l’armée française en 1917.

Mais parfois, ça pue mais c’est bien. Par exemple, quand je monte le soir sur la pointe des pieds écouter le souffle du crocus qui dort, en maudissant le parquet qui craque, la porte qui grince et mon pied qui marche sur un chien qui fait pouêt, je lui fais un petit bisou secret derrière l’oreille. Et bien généralement ça sent un peu la chaussette, mais ça ne me dérange pas.

18 Commentaires Poster un commentaire
  1. Ravie d’avoir des nouvelles! Et préviens Luluchatigré, la suite, c’est pire…quand le crocus voudra l’épiler par exemple, ou vérifier si sa patte droite se dévisse (la patte arrière. La patte de devant servira de bavoir).

    30 novembre 2015
  2. Qu’il doit être beau ce crocus, et comme il est aimé… Du bonheur de te lire à nouveau !

    30 novembre 2015
  3. Toujours un plaisir d’avoir des nouvelles du crocus et de Luluchatigré (et du Mâle aussi, allez)

    30 novembre 2015
  4. Maliro #

    Ah chez moi aussi il y a de quoi attirer le crocus vu que j’ai les 1° crocs boueuses du jardin, 2° une multiprise gérant télézéotreappareils et 3° la gamelle à croquette. Par contre, se traîner sur le ventre ne suffirait pas pour attraper mon chat, celle-ci aimant culminer à 2m du sol au dessus de la bibliothèque.
    Bises à la future physicienne!

    30 novembre 2015
  5. Choux Roses #

    j’adore ta façon d’écrire, j’ai rigolé toute seule devant mon écran, sous le regarde interrogateur de mon chéri x)

    30 novembre 2015
  6. Un bébé coiffé comme Giscard et qui sent un peu la chaussette : j’adore ce côté « Florence Foresti  » ! Cela change des niaiseries habituelles qui émaillent les discours des jeunes mères.
    Bises à Lulu, qui a dû planquer l’autre babouche pour son réveillon.

    30 novembre 2015
  7. Très joli ! Tu ne dis rien de la gravité inversée qui fait remonter les cubes jusqu’à lui via les voisins (père, mère etc) 😉

    30 novembre 2015
  8. Wen #

    Ben ???!!!! Il est où le bouton « J’aime » ????
    Toujours aussi juste, toujours aussi drôle, toujours aussi jubilatoire.
    Tu as essayé les bisous sous les pieds du crocus ? Huuum !!
    Bise à toi et poignée de main virile au Mâle.

    1 décembre 2015
  9. Nicole #

    C´est un véritable cadeau que vous nous offrez chaque fin de mois, encore merci, et il est attendu avec impatience.Je pense a l´immense bonheur de cette petite fille lorsqu elle ouvrira un jour ce livre d´amour.

    1 décembre 2015
  10. oh là là heureusement que le crocus ne te pompe pas toute ton énergie et que tu peux revenir ici de temps en temps.
    ça me permet de recracher habilement une partie de mon café sur mon clavier d’ordi…
    alors MERCI ! ;o)

    1 décembre 2015
  11. Je viens d#exploser de rire encore une fois avec la densite capillaire du crocus!

    1 décembre 2015
  12. Je ne suis que compassion… Mon crocus à moi, coprophage à ses heures, est aussi passé par là case croquettes du chat, ainsi que la case litière.. Bref, j’en parle encore avec émotion…
    J’ai un nouveau crocus, sosie lui aussi de Giscard d’Estaing, mais ça lui va grave bien!
    À bientôt!

    1 décembre 2015
  13. Marykos #

    Vélocité et œil de lynx du Crocus, Luluchatigré a affaire à forte partie. Bisous à votre petite fleur. et Bravo à la maman-rédactrice..

    2 décembre 2015
  14. Anonyme #

    Cacatoès à huppe jaune ou ver spasmophile, pas de soucis ! Tous les NAC seront accueillis comme il se doit par le barbu en habit rouge, même sans babouche rose. A bientôt !

    2 décembre 2015
  15. Cacatoès à huppe jaune ou ver spasmophile…pas de soucis ! Tous les mutants seront accueillis comme il se doit par le barbu en déshabillé rouge, même sans babouche rose, c’est dire ! Bisous et merci pour cette tranche de rire mensuelle !

    2 décembre 2015
  16. Je me régale , je suis morte de rire derrière mon écran :p

    2 décembre 2015
  17. Sophie #

    ah ah ! j’ai adoré imaginer le matou coiffé de la babouche de ta fille pour la Saint Sylvestre !
    Le crocus sera vraiment heureux de lire dans 20 ans ce compte-rendu de ses premiers mois, quelle chance pour lui d’avoir des parents aussi fantaisistes et cocasses !

    3 décembre 2015
  18. Très joli récit qui m’a fait sourire et aussi souvent rire !

    6 décembre 2015

Commentaires

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