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Je venais de passer trois jours en maillot de bain

et je flânais nonchalamment le long du port, enivrée par les effluves de barbe à papa et de brochettes de rascasse, lorsque je l’ai vue. Si joliment ornée de foraines loupiotes ondulant sensuellement dans l’azur crépusculaire : la grande roue du Lavandou.

Faisant fi de mes précédentes expériences du vide et du vertige (j’ai eu la tête qui tourne en attrapant la dernière boîte de graines de couscous debout sur la chaise de la cuisine) et subitement habitée d’une invulnérable bravoure, j’ai déclaré entre le stand de churros et le stand de paysages lunaires peints à la bombe graffiti : « Mais quel merveilleux souvenir de vacances, un tour de grande roue !», et presque aussitôt on me tendit un ticket pour la grande roue du Lavandou.

Une fois dans la file d’attente, j’ai commencé à refouler la sourde inquiétude qui montait en moi, rassurée que j’étais par la présence de nombreux enfants pas plus hauts que mon sac de plage. Je demeurais néanmoins vaguement alertée par la petite voix de ma conscience qui continuait d’agiter des têtes de mort enflammées en me secouant fiévreusement par les épaules.

Alors que les coquilles de noix faisant office de nacelles se remplissaient d’intrépides et rieurs vacanciers et qu’arrivait notre tour, j’ai commencé à me racler fréquemment la gorge, à demander nerveusement des chewing-gums aux gens et à faire des mathématiques sans queue ni tête, en multipliant la circonférence de la grande roue par le poids d’une nacelle au carré moins la distance qui me séparait du vendeur de churros.

Puis notre tour finit par arriver. J’ai regardé la jeune employée de la grande roue sceller notre nacelle avec une micro-gourmette en métal ultra sécurisante, et notre coquille de noix s’est élevée dans les airs. C’est à cet instant que j’ai compris que j’avais commis une énorme erreur. J’ai tout revécu : la graine de couscous, le télésiège de la Marmotte, la Sagrada Familia et le mousqueton rouillé de l’accrobranche.

Je crois que j’ai ouvert la bouche pour prononcer quelque chose sur le fait que j’avais changé d’avis, mais l’incontrôlable coquille de noix a continué son ascension ponctuée d’interminables paliers intermédiaires, dont un très long tout en haut. C’est là que mon cerveau, uniquement oxygéné par le masticage instinctif de mon chewing-gum et hydraté par la longue sueur froide qui me courrait dans la nuque, a déclenché son plan de secours ultime. Ne plus parler, ne plus regarder, ne plus écouter, ne plus penser et activer uniquement le système olfactif (pour m’envoler mentalement vers le vendeur de churros).

16 Commentaires Poster un commentaire
  1. J’adore… J’en ai le vertige!

    9 août 2013
  2. Excellent! J’y étais!

    9 août 2013
  3. catherine (Perou) #

    Moi…je viens de renfiler mon gilet…une petit sueur de compation je pense…mais ce que je voudrai savoir c’est…et le vol vers ce fameux vendeur de churros…c’était comment ?
    Bises et surtout ne t’arrête pas…j’adore : 4’in

    9 août 2013
  4. Elise #

    juste tourner les yeux vers la mer ,le large ,les iles .et oublier la grande roue
    et en revenant sur le sol prendre un ticket de manège !
    te lire est un vrai régal
    Elise du Lavandou !!!!
    Bises

    9 août 2013
  5. xanu #

    Roh moi aussi je l’ai vécue la Sagrada Familia (et en plus, c’est moi qui ai proposé à mes potes le combo audioguide + montée dans les tours… quelle mouche m’avait piquée ce jour-là?).
    Quel plaisir de te lire!
    Xanu

    9 août 2013
  6. J’ai eu la même dans la grande roue de la place Bellecour à Lyon à Noël il y a quelques années. Comme tu dis, le pire, c’est la micro-chaîne de « sécurité ». Et ma sœur qui se tournait dans tous les sens pour dire « ooooh, regarde, c’est beau, c’est tout illuminé » et moi « gjenakaghjaeilejkeeed ». Bref, tous les rollercoasters de Disneyland avec leurs loopings tête en bas mais bien sécurisés avec deux barrières ne me glacent pas autant le sens que le souvenir de cette coquille de noix…

    9 août 2013
  7. Anonyme #

    Je suis de tout coeur avec vous j ai le vertige et j ai des souvenirs terribles que j essaye desesperement d oublier! Ah les grandes roues les petits avions, les chutes que l on admire du pont les surplombant etc….
    Signe Piedsurterre

    9 août 2013
  8. Chris #

    Là maintenant tout de suite entre la grande roue et un combat contre les puces squatteuses de parquet, je choisirais la grande roue, ça me fait moins peur !

    9 août 2013
  9. Fredix #

    Ah ! La Sagrada Familia et son escalier en colimaçon très haut et sans rambarde ! Je ventousais le mur en redescendant !

    9 août 2013
  10. J’aurais préféré vivre la grande roue que le Frankenstein de la mer qui nous rattrape par derrière, nous percute notre bateau, nous le casse et nous oblige à rentrer à la maison après 44 heures de vacances !

    9 août 2013
  11. La fin est terrible de suspens ! Ma première pensée fut va-t-elle survivre à cette terrible épreuve.
    Ce qui me rassure c’est que je suis en train de te lire… Donc tu t’en sors vivante…. A moins que ce texte ne soit l’oeuvre d’un autre ou inscrit en guise de testament avant d’être montée sur la grande roue…. Rassures-moi vite… J’en tremble !
    Je vais essayer de m’endormir ce soir, espérant que cette pauvre Luluchatigré n’est pas orpheline de mère…
    Mais au fait qui était avec toi dans la nacelle ???? Oh non !!! pas orpheline de père aussi !!!! Quel cauchemar….

    9 août 2013
  12. Coquettautrot #

    Et apres cela , j’ai proposé à colombe linotte un tour de parachute ascentionnel ….je vous laisse deviner si on y est allé !

    10 août 2013
  13. Je ris, bien sûr et ce sont tes paroles qui me font rire, même que je ne ris pas facilement!
    Bien sûr je fairai le même…mais encore, je ne sais si j’irai mnter. Certain, je suis allée à Port Aventura et je suis montée au train du Far west…Et après on sent la décharge d’adrenaline, on se ralâche…mais le moment c’est patraque!
    En plus, j’apprends autant de vocabulaire avec tes chronique que j’adore!

    12 août 2013
  14. Nicky #

    Quel plaisir de vous lire:de jolis mots, de l´esprit, de l´humour

    12 août 2013
  15. Une précision d’importante pour les esprits mathématiques (je sais qu’ils sont nombreux) :

    La circonférence de la grande roue multipliée par le poids d’une nacelle au carré moins la distance qui me séparait du vendeur de churros = 1 crêpe au sucre sur le port virgule douze.

    13 août 2013
  16. Nos âmes sont jumelles, comme c’est émouvant (enfin, ce sont surtout nos estomacs qui ont des hauts le coeur en même temps).

    Signée : la fille terrorisée dans l’attraction Peter Pan Flight de Disneyland. (mais on a été bloqué au milieu pendant 10 minutes) (A au moins 3 mètres de haut) (et dans le noir) (et la petite chaîne ne m’aurait pas empêché de me jeter dans le vide si j’en avais eu l’idée saugrenue) (par exemple si j’avais été un garçon de 4 ans) (bref, TOI tu comprends, non ?!)

    28 août 2013

Commentaires

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